Métiers

TECTONIQUE DES PLAQUES PROFESSIONNELLES.

3 Mise en œuvre.


La division du travail et la spécialisation sont les moteurs de la prospérité et la source de malheurs. Personne ne peut en revendiquer la paternité. Chacun en est responsable.
Les métiers, et le marché du travail sont le résultat d’un long processus spontané de création. Leur évolution semble hors de portée de toute action politique. Ce ne sont pas les maigres résultats des efforts successifs pour soutenir l’économie et réduire le chômage qui peuvent démontrer le contraire.
Quand on a tout essayé…il faut faire autre chose. En commençant par observer les réalités. La mise en œuvre d’une autre politique de l’emploi suppose prise de conscience et abjuration des doctrines.
Les génies tutélaires de l’économie n’obtiennent rien d’efficace par des actions autonomes, des guerres partisanes ou intestines, des oppositions systématiques.
Une insatiable hydre à cinq têtes vit sous perfusion, avitaillée par l’élixir économique.
L’administration est le bras séculier et le vivier du corps politique. L’une et l’autre sont les antichambres de la haute direction des grandes entreprises et des grands services publics dont dépend la multitude des petites et moyennes entreprises.
Conduits par des professionnels de la représentation, les syndicats finissent par se lover dans les positions acquises, les postures de routine, les alliances tacites.
L’économie est finalement sous l’emprise directe ou indirecte d’une aristocratie administrative qui fait ce qu’elle sait faire : établir des budgets, gérer du personnel, créer des taxes et des statuts, saisir les opportunités pour asseoir son influence.
Certes l’élite excelle à conduire des grandes réalisations notamment dans l’aérospatial, les transports, la production d’énergie, l’aménagement du territoire. Mais les menues besognes des petits projets l’intéressent peu car elles ne lui permettent pas de donner toute sa mesure, ne leur offrent pas des débouchés personnels.
C’est pourtant l’économie courante et les petites structures qui génèrent la grande masse des offres de travail, ouvrent les plus grandes perspectives globales de création d’activité et d’emplois, d’innovation, de croissance.
La mise en œuvre de vastes programmes est nécessaire pour mettre de la cohérence dans le chaos des métiers et du dynamisme dans l’économie. Et permettre à chacun de se rendre utile, de trouver place en la société, de se procurer des moyens d’existence.
Il y a fort à faire pour observer les évolutions des techniques et des métiers, détecter les secteurs d’avenir, accompagner les changements, soutenir l’adaptation du personnel, établir des règles équitables de division du travail, tenir à jour un cadre juridique d’exercice des professions et des spécialités, bannir les rigidités corporatistes, sclérosantes, inhibitrices.
Voilà coiffées les trois premières têtes de l’hydre que sont le corps politique, le corps administratif et le corps syndical.
Mais l’économie ne se limite pas aux actes de direction institutionnelle. C’est aussi un « art tout d’exécution » dont les acteurs sont plus nombreux que les autorités régnantes.
Personne ne l’ignore maintenant, le système bancaire exerce de fait un droit de vie ou de mort sur l’économie marchande, en définitive la seule qui vaille.
La résorption du chômage ne se limite pas à une fonction de répartition des emplois existants. Elle consiste surtout à créer et à soutenir des activités capables de satisfaire tous les besoins, de permettre à tout individu de se donner les moyens d’exister et de s’épanouir, de prendre en charge les plus faibles dans l’incapacité de pourvoir à leurs besoins. Force est de constater que tels ne sont pas les objectifs et les obligations impartis par les têtes dirigeantes aux gastéropodes financiers.
Nous avons gardé, pour la bonne bouche, la tête enseignante de l’hydre. Elle a jusqu’à présent voulu vivre hors de toute indépendance. Nul ne sait encore ce qu’elle va faire de l’autonomie proclamée de l’université. Chercher, assembler, conserver, diffuser les savoirs sans sacrifier à l’utilitarisme doivent rester les objectifs premiers de l’enseignement. Mais les médiocres résultats constatés dans la préparation de la jeunesse à la vie citoyenne, à l’exercice des métiers et à l’évolution des techniques, appellent de vigoureuses remises en cause des intentions, des pratiques pédagogiques, de l’orientation professionnelle, des besoins de l’économie.
Une réforme des modes de financement de l’enseignement est inéluctable. Elle devrait commencer par la révision de l’assiette et de la répartition de la taxe professionnelle qui frappe les petites structures et ne leur permet pas d’en bénéficier. Elle devrait ensuite associer les grandes entreprises à la définition, au financement et à l’exécution des enseignements qui les concernent.
L’esprit bureaucratique a imaginé que le chômage pourrait être éradiqué par le partage des emplois et la réduction du temps de travail. C’était en quelque sorte croire que la réduction de l’épaisseur des plaques tectoniques en diminuerait la fragilité et la turbulence.
Le fabuliste avait pourtant prévenu les apprentis tectoniciens qui prétendent diriger l’économie. Quand les montagnes se mettent en travail, elles accouchent d’une souris.
Ce sont les hommes qu’il faut mettre au travail. Et ne pas laisser la jeunesse s’aliéner dans cette religion du loisir qui ne sait guère que mendier du pain et réclamer des jeux.

Pierre Auguste

Le 18 janvier 2012

 

Pour mémoire :


LA MONTAGNE QUI ACCOUCHE

Une Montagne en mal d'enfant
Jetait une clameur si haute,
Que chacun, au bruit accourant,
Crut qu'elle accoucherait, sans faute,
D'une cité plus grosse que Paris ;
Elle accoucha d'une souris.
Quand je songe à cette fable,
Dont le récit est menteur
Et le sens est véritable,
Je me figure un auteur
Qui dit : Je chanterai la guerre
Que firent les Titans au Maître du tonnerre.»
C'est promettre beaucoup : mais qu'en sort-il souvent ?
Du vent.

Jean de La Fontaine (1621-1695)